top of page

Nous démarraons notre voyage au Brésil par des visites chez des amis expatriés dans la grande banlieue de Sao Paulo et à Curitiba.

Nous rencontrons nos premiers ateliers de transformation artisanaux à Itupeva (70 km de Sao Paulo)!

 

 

 

      Une fromagerie artisanale qui a aussi un petit magasin de vente directe                                    Une brasserie artisanale 

Acohilda Na Colonia ou comment associer paysans et touristes dans le respect de la nature

 

La définition de paysan est un terme bien compliqué parfois, les agriculteurs que nous rencontrons ici, au Brésil font d’abord une agriculture vivrière avant d’être de grands producteurs. Toute la vie de la famille est organisée autour de la ferme et de la cuisine. Se nourrir est une nécessité pour tous, mais ici, la notion de "paysans" retrouve toute sa valeur puisqu’ils vivent dans leur pays, consomment leur production, vendent leurs excédents localement. Les saisons rythment le travail et les productions. L’activité d’accueil à la ferme sous forme de chambres d’hôtes en pension complète permet à l’hôte d’être vraiment au contact du paysan et au cœur de sa production.

 

De nombreux producteurs se sont réunis pour former l’association Acohilda Na Colonia qui a pour objectif de développer un réseau de fermes en agriculture biologique qui font de l’accueil agrotouristique. Ainsi les produits dits « coloniaux » sont cuisinés afin de préparer toute une diversité de plats et quelques desserts. Le terme colonial est bien issu de la colonisation allemande et italienne qui a été très forte dans le sud du Brésil, il y a environ 100 ans. Ici, la majorité de la population est typée européenne, les gens sont extrêmement  gentils,  même si une partie du tempérament « allemand » est bien présente !!!! Indépendamment de l’origine et de la couleur de peau, tous les habitants se sentent brésilien et les paysans sont attachés à leurs terres et à leurs produits.

Une grande partie des paysans a été mono-producteur de fumo (tabac) conventionnel avant une grande crise qui a eu lieu dans les années… ! Il a donc été nécessaire de se reconvertir afin d’éviter l’exode rural !

 

Nous sommes dans l’Etat du Santa Catarina le long de la Serra Geral (nom du massif de montagne). Ici, le terrain est accident et la mécanisation agricole est compliquée. Les exploitations sont plutôt de petite taille entre 2 à 50 ha et une grande partie du territoire est couvert de forêt native. Pour découvrir cette forêt Mata Atlantica regardez cette courte vidéo :

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tous les producteurs possèdent une partie de cette forêt native afin de la préserver. Cette forêt appelée bosque possède une grande diversité faunistique et floristique. Nous ne sommes pas ici dans l’Amazonie, mais lorsque l’on pénètre dans ces forêts, la végétation est dense, de grands palmiers limitent l’entrées de la lumière. Il y a de nombreux petits insectes et des papillons. Sur chaque arbre poussent d’autres plantes qui viennent se greffer sur les troncs et créent de grands écosystèmes suspendus à plusieurs mètres du sol, ce sont des plantes dites Epiphytes. Le sol est très meuble, en été il pleut régulièrement et la température est élevée. L’ambiance un peu moite qui règne sous cette grande canopée verte est parfaite pour le développement de nos amis les moustiques et autres insectes piqueurs. Les différentes nuances de vert s’entremêlent pour former un magnifique dégradé parsemé de pointes de couleur : jaune, rouge et violet issues de quelques fleurs ! 

Néanmoins, depuis un certain nombre d'années et avec la complicité du gouvernement, des plantations d’espèces végétales à croissance rapide remplacent peu à peu la forêt native (Eucalyptus et Pinus (pin)). Cette production permet d’avoir une rentrée d’argent rapide, mais il faut voir les conséquences : destructions des écosystèmes, augmentation du trafic sur les routes non goudronnées, utilisation de pesticides, coupes à blanc, donc érosion des sols… De nombreux petits paysans achètent des terres pour préserver la forêt native ! Il est ainsi intéressant d’étudier le paysage environnemental pour comprendre la diversité des activités et la place de l’homme qui grignote petit à petit cette forêt native au travers des nombreuses plantations de maïs, des lacs pour la pêche, mais aussi des plantations et des scieries!!

Afin de maintenir une activité agricole dynamique, les paysans se sont tournés vers l’agriculture dite « organic » (biologique, certifiée par des organismes comme ceux présents en France, Ecocert entre autre). Ainsi, une grande diversité de fruits, légumes, élevages, miel, sont produits en bio. De nombreux projets ont été portés et expérimentés dans cette commune de Santa Rosa de Lima déclarée capitale de l’agroécologie.

 

Une coopérative de vente de produits biologiques (Coop Agreco) issus des exploitations a vu le jour depuis 1996, afin de faciliter la commercialisation en dehors du territoire. De nombreux projets sont conduits en étroite collaboration avec l’Université d’Agronomie de Florianopolis (capitale de l’Etat). Cette université semble en avance pour conduire des projets innovants afin de développer une agriculture plus durable : agroforesterie, petites coopératives de producteurs, commercialisation locale et bio …

Sur Santa Rosa de Lima comme dans d’autres zones de l’état du Santa Catarina, les activités sur les fermes sont très diversifiées. Ainsi, les revenus sont plus sécurisés. Il est courant de rencontrer à la fois, la production de fruits et légumes pour l’autoconsommation (famille + agrotourisme), la présence de poules pour les œufs et la viande, mais aussi des étangs ce qui permet d’avoir du poisson frais et de le vendre. A ces productions s’ajoute souvent une petite «  industrie ». Ce terme très largement utilisé ici, ne signifie en aucun cas une industrie comme en France, c’est plutôt un atelier de transformation : production de miel, de sucre de canne, abattage de poulets, production de liqueur et de cachaça (alcool traditionnel réalisé à base de canne à sucre).

 

Tous ces produits sont bien sûr servis aux touristes lors des repas ou café « coloniaux ». De nombreuses confitures, du fromage, du pain sont fabriqués sur place afin d’agrémenter les repas. L’eau est absente à table et est remplacée par des jus de fruits fraichement préparés à partir des fruits présents sur la fazenda (ferme) : fraise, mangue, pastèque ou achetés à d’autres producteurs bio du municiple (ville).

Quasiment toutes les productions de la ferme peuvent être achetées par les touristes !! Ces touristes sont souvent des urbains et habitants de Florianópolis, Porto Allègre ou Curitiba qui viennent se ressourcer en pleine nature. Ils sont essentiellement à la recherche de calme, d’une nature préservée, de produits de qualité et d’un accueil chaleureux des producteurs tout en bénéficiant d’un prix raisonnable : 40€ environ par jour et par personne en pension complète ! 

 

Les plats sont essentiellement à base de frango (poulet) et de feijos (haricot rouge) avec de l’aroz (riz). A ces aliments de base, s’ajoutent le manioc (frit, réduit en farine ou en salade…), mais aussi de nombreuses légumes comme le brocoli au vinaigre, des salades variées, du choux cru et d’autres légumes qui nous sont plus inconnus !

De la production de tabac vers la souveraineté alimentaire

 

Nous sommes dans l’état du Santa Catarina au sud du Brésil. Cet article est issu d’un travail d’enquêtes réalisé auprès de 11 paysans Ici le paysage est constitué de moyennes montagnes verdoyantes recouvertes de forêt native tropicale (Mata Atlantica*). Des plantations d’Eucalyptus, de pins, et le développement agricole ont morcelé le paysage. La forêt native n’est plus qu’une mosaïque où s’est développée depuis 40 ans une production intensive de tabac.

 Le tabac : une production intégrée et chronophage 

 

                Cette production de tabac est réalisée par des paysans qui

généralement possèdent ou louent environ 35 ha (60 % est de la forêt native

préservée et le reste se partage entre eucalyptus, tabac, maïs et pâturage).

Environ 3 à 5 ha de tabac sont plantés, ce qui représente entre 50 000 et 90 000

pieds. Le tabac est une plante annuelle qui nécessite beaucoup de main d’œuvre

car toutes les opérations sont réalisées à la main. Le terrain étant très accidenté

et les moyens financiers des producteurs limités, il est impossible de mécaniser.

La plus part du temps, les enfants aident leurs parents dès 8 ans.

 

Les graines sont semées pour préparer les plants qui seront repiqués en Août. En amont un herbicide non sélectif permet de nettoyer la parcelle où la terre est travaillée à l’aide d’un cheval ou

                                                              d’un bœuf. Lors du développement

                                                             de la plante, un insecticide est appliqué

                                                            au sommet de chaque plant. La récolte qui

                                                            consiste à arracher des feuilles (20 au

                                                             total par pied) est réalisée en 3 à 5

                                                             passages. Ainsi la charge de travail est

                                                            considérable puisque le paysan passe 3 à 5

                                                            fois pour récolter manuellement les

                                                            feuilles de tabac.

 

Ces dernières sont ensuite acheminées dans un séchoir à bois  alimenté par les

plantations d’eucalyptus (1 à 1,5m3 de bois est nécessaire pour sécher les feuilles de

                                                            1000 pieds de tabac). Le prélèvement de bois natifs

                                                            est très réglementé. Il faut environ 5 jours de

                                                            séchage en continu. Les feuilles sont ensuite triées

                                                            toujours manuellement en 3 à 5 catégories selon la

                                                            qualité qui dépend de la taille, de la maturité de la

                                                            feuille et de la qualité du séchage (environ 3 mois

                                                            de triage pour 50 000 pieds plantés). Les feuilles sont

                                                             organisées en fagots et en ballots de 15kg.

 

                                                           

Les acheteurs  viennent les chercher entre Avril et Juillet. Suite à la récolte, toutes les

cannes restantes dans les champs sont coupées soit  à la débroussailleuse soit à la machette !

 

                                                                  Le revenu issu de la production de tabac est relativement sécurisé car la                                                                      totalité de la production est achetée chaque année. En cas de grêle sur les                                                                          parcelles ou d’incendie dans le séchoir, l’industriel après estimation indemnise                                                                  le producteur (pour la perte de la production, mais pas pour la perte de                                                                              capital : infrastructure). De plus, les paysans reconnaissent que ces industriels                                                                  sont « de bons » payeurs car l’argent arrive 4 jours après la collecte, ce qui ne                                                                    semble pas être le cas de toutes filières industrielles brésiliennes.

 

 

 

Cette sécurité de paiement à un prix puisque la pression des industriels sur les paysans est tès forte. Tous les producteurs sont sous contract pour 1 à 5 ans, avec une ou plusieurs entreprises d’achat du tabac. Les industriels  imposent leurs semences,  engrais,  traitements, et les quantités à produire. La filière tabac est donc dite « filière intégrée ». Les paysans n’ont que très peu de marge de manœuvre dans cette production.

 

 

Le tabac, mais à quel prix

 

  • La charge de travail ne permet plus de produire les aliments de base pour subvenir à leur besoins.

 

  • Le repli du paysan sur son exploitation qui n’a plus le temps de s’investir dans la vie collective, ceci engendre une perte de dynamisme de l’espace rural et des problèmes de dépression. La plupart des producteurs de tabac prennent des antidépresseurs.

 

  • Le revenu du tabac est attractif au premier abord. Cependant, il est nécessaire d’y déduire l’achat des nouvelles semences et produits pour l’année suivante ainsi que l’ensemble des nouvelles dépenses alimentaires induites par cette perte d’autonomie des paysans.

 

  • Le recours aux traitements chimiques obligatoires engendre des problèmes de santé (mal de tête, vomissement…) et une contamination de l’eau qui est ensuite consommée par la population.

 

  • Les enfants ne souhaitent pas reprendre les exploitations, il y a donc une augmentation des friches agricoles

 

  • La perte de savoir-faire paysan est l’une des grandes conséquences : disparition de la culture vivrière et l’utilisation des aliments.

 

Des initiatives locales pour un retour à la terre

 

Pour faire face à cette production et à ses effets pervers, des paysans  se

mobilisent et modifient leur systèmes afin de diminuer voir d’arrêter la

production de tabac. Ils démarrent des productions vivrières afin de subvenir

à leurs besoins et sont conscients que leurs produits fermiers sont de

meilleure qualité que ceux des supermarchés. Les nouvelles productions

sont généralement biologique en : légumes, volailles, miel, lait...

Tous ces changements nécessitent des connaissances nouvelles, il n’est pas évident de s’improviser fromager ou apiculteur. La plupart du temps, ils diversifient leurs activités en faisant un peu de tout et en vendant les excédents sur les marchés locaux. Pour initier ces nouvelles productions des associations locales comme ACFAB accompagnent les paysans à sortir du tabac.

 

                                                                ACFAB donne des cours d’agroécologie et d’alphabétisation à 28 familles. Ces                                                                   paysans échangent entre eux des semences, des plants et des techniques                                                                             biologiques afin d’améliorer collectivement leurs techniques de production et                                                                     devenir autonomes dans la production de leur propre alimentation.

 

                                                                Certains diversifient leurs revenus en faisant de l’accueil à la ferme grâce au                                                                     réseau Acolhida na Colonia né de l’association française Accueil Paysan.

 

Les difficultés du changement

 

Le Brésil est un grand pays qui se développe vite, or les infrastructures routières et de communication (internet et téléphone) ne suivent pas. La majorité des routes sont non goudronnées ce qui ne facilite pas le développement du tourisme et des changements de pratiques des paysans. La production

de tabac est génératrice de taxes, elle n’incite pas les collectivités á

développer des politiques en faveur d’autres productions.

 

 

 

Pour conclure, tous les paysans rencontrés et qui ont arrêté le tabac

sont unanimes, «  ils gagnent moins d’argent mais leur qualité de vie

s’est améliorée » (alimentation seine, moins de stress et de charges de

travail). Ces changements doivent limiter l’exode rural, développer des

filières de commercialisation bio et le tourisme.

Anchor 2
Anchor 3

L’agriculture familiale Brésilienne au service de la restauration collective 

Nous sommes dans l’Etat du Rio Grande do Sul (capitale:  Porto Allègres). Nous sommes accueillis par le syndicat des travailleurs ruraux de Santo Antonio da Patrulha. Après 3 semaines de visites aux contacts des paysans de cette région, nous souhaitons vous faire partager les initiatives mises en place pour favoriser le maintien de l’agriculture familiale.

L’agriculture familiale brésilienne : un concept bien encadré

 

Le Brésil est un pays connus pour ses fortes inégalités (sociales, économiques…). Afin de satisfaire l’ensemble des acteurs agricoles (grands exploitants industriels et petits paysans),  il existe aujourd’hui 2 Ministères de l’agriculture. Le ministère dit de l’agro-industrie qui s’intéresse uniquement en réalité aux attentes des grands exploitants agricoles qui font la force du Brésil sur le marché mondial (vente de soja, de maïs, de sucre en partie transgénique). De l’autre côté, on trouve le Ministère du Développement Agraire  dédié  uniquement aux petits paysans de l’agriculture familiale. Ce second ministère a des moyens bien plus réduits.  L’agriculture familiale est donc encadrée par des lois qui permettent aux petits paysans d’être reconnus comme agriculteurs familiaux. Les principaux critères sont :

 

  • 80 ha maximum,

  • main d’œuvre principalement familiale,

  • et plus de 50% du revenu issus de l’activité agricole.

 

Ainsi aujourd’hui, sur la commune de Santo Antonio, plus de 1000 paysans sont définis comme agriculteurs familiaux. Cette appartenance à l’agriculture familiale leur permet d’accéder à certaines aides et à des projets qui leurs sont réservés. Les syndicats des travailleurs ruraux sont là pour défendre et accompagner ces paysans dans leurs démarches administratives qui sont très lourdes pour des gens qui parfois ne savent ni lire ni écrire.

Notons cependant que ce concept « d’agriculture familiale » aujourd’hui ne fait aucune différence selon le mode de production (conventionnel ou biologique) ni le mode de commercialisation  (circuits longs ou circuits courts).

Des projets en faveur du développement de l’agriculture familiale : l’approvisionnement de la restauration collective scolaire brésilienne !

 

Les politiques ont de tous temps eu un impact fort sur le modèle agricole développé. L’Europe en est un bel exemple aujourd’hui, avec certaines politiques plutôt incitatrices à s’orienter vers l’agrandissement des exploitations au détriment de la qualité de vie des paysans, de la transmissibilité des exploitations et de la qualité des produits.

 

Au Brésil, le gouvernement fédéral encourage le maintien de l’agriculture familiale en obligeant que 30% minimum de la valeur des produits consommés dans la restauration scolaire en proviennent . Des marchés publics sont faits afin de voir dans quelles mesures les paysans de chaque commune peuvent approvisionner les restaurants scolaires. Sur la commune de Santo Antonio,  il y a environ 50 écoles qui aujourd’hui sont approvisionnées par un groupe de 20 paysans. De ce fait, plus de 55%  du montant des produits consommés sont aujourd’hui issus de cette agriculture locale. Les principaux produits sont : les haricots (très largement consommés au Brésil), le sucre, le miel, les bananes, le manioc, les oignons, les betteraves, le riz…

La municipalité très fortement impliquée dans ce processus organise cet approvisionnement. Un travail étroit est réalisé avec le Syndicat afin d’identifier les agriculteurs, planifier la production et organiser la distribution.

Pour le producteur, la restauration scolaire est un débouché sûr, car il  peut planifier sa production. Le montant des ventes est limité à 7 000€ par an pour assurer une répartition de ce marché entre le plus de producteurs possible. Aujourd’hui, la grande difficulté est le manque de produit car la tradition de la région réside dans la production de canne à sucre, l’élevage et le riz. Il est difficile pour les agriculteurs de se tourner vers la production de fruits et légumes par manque d’appui technique disponible et de volonté.

En parallèle de cet approvisionnement, la commune de Santo Antonio développe des actions de sensibilisation pour améliorer les habitudes alimentaires des petits brésiliens et leur faire découvrir les modes de production associés à chaque produit.

Ces initiatives brésiliennes rencontrées nous incitent à faire un parallèle avec la situation française.

Aujourd’hui, il n’existe pas de définition de l’agriculture familiale au niveau de la législation française, malgré que l’année 2014 fût l’année mondiale de l’agriculture familiale. Pour cela, nous nous tournons vers l’agriculture paysanne, définie par la Confédération Paysanne, qui utilise une étude systémique de l’exploitation (environnement, sociale, local, durable…).

Il est clair que l’approvisionnement de la restauration scolaire française par une agriculture locale et plus respectueuse de l’environnement ne peut se développer sans l’appui de politiques fortes. Aujourd’hui l’utilisation de marchés publics qui ne prend pas en compte la dimension de produits locaux de qualité est un frein majeur à ce développement.

Anchor 3

Les femmes du MST du Rio Grande do Sul se mobilisent contre l’utilisation des pesticides brésiliens

 

   Nous sommes actuellement accueillis par des paysans du MST (mouvement des travailleurs ruraux sans terre) dans l’état du Rio Grande do Sul. Nous avons assisté à une mobilisation majoritairement organisé par des femmes du mouvement suite au 8 mars :

 

« Lundi 9 mars au soir nous attendons un bus dans le noir. Nous avons rejoint un groupe de femme sur le bord de la route qui rejoint Porto Allègre (400km plus au nord). Nous grimpons dans le bus et petit à petit nous récupérons différents groupe de femmes à l’entrée des assentamento dans le noir. Nous arrivons à 5h du matin devant l’entrée de l’usine ADAMA à Taquari (site de fabrication de produits phytosanitaires israélien). L’entrée de l’usine reste bloquée jusqu’à 10h, et plus de 800 femmes aux couleurs du MST demandent l’arrêt de l’utilisation des produits phytosanitaires.»

 

3 jours de manifestation ont suivi dans les rues de Porto Alegre et un blocage du Ministère du Développement Agraire pour demander une suspension de l’épandage de pesticides par avion et un réel développement de l’agro écologie comme alternative à l’agrobusiness. Environ 4000 paysans et citoyens ont participé à ces manifestations. D’autres mouvements sociaux sont encore en cours et réunissent à la fois le MST et d’autres formations sociales ! 

Anchor 4

Une fromagerie dans un assentamente du MST

 

La fromagerie de Gloria se trouve sur la commune de Pedras Altas à l’extrême sud de l’état du Rio Grande Do Sul qui fait la frontière avec l’Uruguay. La fromagerie se trouve dans l’assentamente de Gloria.

Les producteurs sont des paysans du MST (Mouvements des Paysans Sans Terre). La plupart sont des descendants d’Italiens. Leurs familles habitaient le nord de l’état. Puisqu’il n’y avait pas assez de terre pour qu’ils puissent s’installer dans cette région, ils ont rejoint le mouvement du MST et ont été installés dans le sud de l’état sur des terres que l’Etat brésilien a racheté à des grands propriétaires afin de réaliser la réforme agraire ( = le partage des terres). Ces paysans sont arrivés dans cette zone il y a environ 15 ans. L’assentamente de Gloria regroupe environ 100 familles.

A la découverte de la fromagerie de Gloria

Un paysage plutôt inhospitalité.

Pedras altas est une grande commune du Sud du Brésil qui se situe dans la Pampa Brésilienne. Le paysage est composé essentiellement de prairie, de soja (qui se développe à grande échelle depuis 3 à 4 ans dans cette zone) et de plantations d’Eucalyptus. La zone est très sèche et le climat continentale. Toutes les routes sont en terre jusqu’au centre de Pedras Altas (55km) ...

Pour lire la suite de l'article et en savoir plus sur la fabrication du fromage cliquez sur le document PDF ....

Anchor 6

Le MST : la lutte pour la terre et contre les grandes exploitations

 

Notre dernière étape au Brésil a été 3 semaines aux côtés du mouvement MST (Mouvement des paysans sans terre) dans le sud de l’état du Rio Grande do Sul.

Le MST est un mouvement social en faveur d’un partage équitable de la terre agricole. Il est né en 1984, par des fils de paysans qui n’avaient pas assez de foncier pour rester sur les fermes familiales et qui ne souhaitaient pas grossir les rangs des favelas. Ces paysans se sont donc rassemblés pour dénoncer l’accaparement des terres par des grands propriétaires. Le MST est organisé autour de 6 grands objectifs :

                -Construire une société sans exploiteurs et où les travailleurs sont au-dessus du capital,

                -La terre est un bien commun. Elle doit être au service de toute la société,

                 -Garantir du travail pour tous, avec une juste distribution de la terre, des revenus et des richesses,

                -Chercher en permanence la justice sociale et l’égalité des droits économiques, politiques, sociales et culturels,

                -Défendre les valeurs humanistes et socialistes dans les relations sociales,

                -Combattre toutes les formes de discrimination sociale et chercher la participation égalitaire des femmes.

L’idée principale défendue par le MST est la mise en place de la réforme agraire au Brésil. Elle consiste en une meilleure répartition des terres entre tous les paysans en favorisant le travail collectif, sous forme de coopérative par exemple. Une grande majorité des paysans du MST luttent aussi contre l’utilisation abusive des pesticides et sont en faveur d’une agriculture biologique pour le Brésil.

 

Le principe de lutte pour la terre du MST est l’organisation de grands camps rassemblant de 50 à 5000 familles qui souhaitent acquérir de la terre pour produire. Des baraquements sont montés sur des terrains appartenant à des grands propriétaires (individus ou entreprises) qui investissent dans le foncier.

 

Le MST lutte contre ces propriétaires qui n’utilisent pas le foncier, ne respectent pas les droits de l’homme ou cultivent des OGM avec de nombreux pesticides à très grande échelle. Ces campements bien organisés durent entre 1 à 5 ans. La plupart du temps le ministère du développement agraire attribut ensuite du foncier à ces familles. Elles ne seront jamais propriétaires, le foncier appartient à l’état ou à la fédération et est prêté en usufruit aux familles pour cultiver.

 

Ces lots de terrains retournés aux paysans du MST sont appelés assentamente

Un exemple de coopérative du MST: COPAVA

 

COPAVA a été créée en 1995 au sein d’un assentamente de 50 familles qui s’est formé en 1992. Aujourd’hui, 13 familles travaillent en commun au sein de cette coopérative. L’ensemble des terres est cultivé par toutes les familles, ce qui représente 300ha. Un troupeau de 40 vaches laitières permet de produire du lait qui est pasteurisé et vendu en direct dans les communes alentours et pour la restauration collective (voir article de mars).

 

Ce travail va au-delà de la simple production puisqu’ils cultivent aussi leur propre alimentation en commun (porcs, moutons, légumes, canne à sucre,…). Le travail est organisé par un conseil de 6 personnes qui distribuent les taches à chaque famille. Chaque personne est rémunérée par la coopérative selon le nombre d’heures travaillées avec un plafond de 180h/mois. La production est presque en agriculture biologique et les familles souhaitent dans le futur être certifiées.

 

Les habitations sont concentrées sous frome d’un « agroville » (ressemble à un hameau français) qui est au cœur des 300ha et possède une école pour tous les enfants de l’assentamente et une épicerie.

 

Aujourd’hui, l’idée est de construire une boulangerie dans l’agroville afin de continuer à se diversifier. 

Anchor 6
bottom of page